mercredi 27 mars 2013

Dieu, mais que Marianne était jolie !


 
Qu’on se le dise : Marianne en « Liberté guidant le peuple » supporte mieux le topless que les Femen. Et les justes combats s’accommodent mal de haine ou d’idéologie…

Reconnaissons la chance que nous avons de vivre dans un pays où il nous est encore possible de descendre dans la rue sans risquer nos vies, de défendre nos idées ou de confesser notre foi sans courir au peloton. Reconnaissons aussi que cette liberté est fragile et que, ces derniers mois, elle a sournoisement été mise à mal. Mépris et moqueries sont les nouvelles armes des censeurs. Si elles font couler moins de sang, elles peuvent tuer les "révoltes" aussi sûrement.

On a ainsi voulu faire passer l’opposition au mariage gay et aux conséquences qui en découlent, pour un épiphénomène, le sursaut glavioteux de quelques vieux réacs essoufflés, fondamentalistes et homophobes. Mépris et moqueries ! Ignorance et mauvaise foi.

Une fois, puis deux, des hommes et des femmes sont descendus par centaines de milliers dans la rue pour crier à la nation qu’il n’en était rien ; que le respect de la dignité humaine et des droits de l’enfant – puisque c’est bien de cela qu’il s’agit – sont des principes universels !

jeudi 13 décembre 2012

Inutiles bloggeurs, vous m’êtes essentiels

8h30 au bureau. Un mauvais café à 40 centimes fume à côté de l’ordinateur. Les collègues ne sont pas encore arrivés. J’en profite pour jeter un œil aux derniers articles publiés sur les réseaux sociaux. L’actualité est dense, la « cathosphère » s’agite autour des sujets du moment : mariage gay, recherche sur l’embryon… Les titres s’enchainent sur mon écran, ceux de médias de tout horizon, aux tons plus ou moins heureux… Ceux aussi de bloggeurs commentant incognito – ou pas – les faits de société, le monde qui les entoure. Voilà ceux qui m’intéressent le plus. Tous n’auront pas droit une lecture attentive de ma part, le regard en diagonale ignorant parfois de longues heures d’écriture. Ingrat que je suis. Qu’importe, j’aurais, en cette matinée commençante, fait ma petite revue de presse très personnelle.

La scène aurait également pu se passer au fond de mon canapé, après une journée de travail, le Smartphone en guise de fenêtre sur le monde. Ou bien au hasard de messages reçus, m’invitant à lire tel ou tel billet. Car tout au long de la journée, je garde à portée de main ce fil d’informations, d’humeurs et de réflexions. Je le tire et l’emmêle. Quand il s’échappe, je replonge dans la toile et le retrouve, bien au chaud de mes « communautés ». Dans ce fouillis se côtoient des auteurs plus ou moins talentueux, aux marottes plus ou moins pertinentes. J’y puise celles qui me ressemblent. Celles qui m’interpellent, aussi. Je confronte les idées, je les fais miennes. Je profite de thèses développées avec soin - exigence intellectuelle que seul permet l’exercice rédactionnel. Je les approuve ou les récuse, elles m’énervent ou m’émeuvent. Je les partage… Je forge mon opinion.

Parlons d’opinion, donc.

lundi 29 octobre 2012

Lamoureux et l’éloge de la fatigue


« Sa matière fut le rire, et les colonnes Morris furent son soutien le plus fidèle. Homme de cabaret, chansonnier débitant d'une voix aiguë, agile et éraillée des monologues mémorables, Robert Lamoureux fit se tenir les côtes à des milliers de spectateurs pendant plus d'un demi-siècle ». Voilà comment débutait l’hommage posthume du Figaro au chantre du comique populaire, décédé deux jours plus tôt, le  29 octobre 2011, à l’âge de 91 ans.

Robert Lamoureux est considéré aujourd’hui comme le père du « stand-up » moderne. Il a débuté sa carrière à 29 ans, sur les planches des cabarets parisiens. Ses sketches et chansons (« Papa, maman, la bonne et moi », « La chasse au canard »…) lui ont valu un succès rapide. Il s’est retrouvé par la suite devant la caméra (L'Apprenti salaud, de Michel Deville, Arsène Lupin…), puis derrière, avec la réalisation de sept films, dont la série de la Septième Compagnie. Mais c’est au théâtre qu’il a préféré consacrer l'essentiel de sa carrière, avec plus d’une quarantaine de pièces à son actif, dont douze sous sa plume.

Humoriste, acteur, auteur dramatique, scénariste... Robert Lamoureux était aussi poète. D’une poésie qui s’invite au Music-hall entre deux éclats de rire, et qui se retire avec grâce, laissant le spectacle comique reprendre son cours.

mardi 9 octobre 2012

Regarder le monde s’affoler et manger les tomates sur pieds




« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle, sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis… » Ca y est, les rues s’effacent sous la grisaille et l’automne réveil mes humeurs baudelairiennes. C’est le temps du gris et des sanglots longs. Il est de bon ton de tout bouder en cette saison. Le bourdon a remplacé les abeilles. Et si ni la pluie, ni le regret de l’été passé n’affectent votre bonne humeur, laissez donc l’actualité s’en charger !

Paris s’agite. Les députés s’étripent. La crise palpite. Budget maquillé par un mascara politique, la Gauche est une femme futile. La révolution n’aura pas lieu et les maris cocus baissent leurs yeux. Un brave homme à l’Elysée se perd dans un costume trop grand. Dans la rue, les moutons se font chiens : c’est l’heure d’aboyer tous du même ton, tandis que tangue la caravane.

Au Parlement on parle, on ment. Presque une comptine... Voilà que l’on veut marier des femmes entre elles, faire enfanter les hommes entre eux. Fi de la mécanique, puisque l’on a droit à tout et que la question des devoirs n’arrivera qu’à l’heure des comptes ! Qu’une voix s’élève, on l’égorgera gaiement d’une mauvaise foi bien aiguisée. Peste soit de la religion et des religieux, empêcheurs de se marier en rond !

Paris s’agite et je regarde ce petit monde s’affoler, avec l’envie irrésistible d’envoyer tous ces danseurs valser. Et avec eux mes longs ennuis.

Allons donc, tant qu’il y a du vin, il y a de l’espoir ! Et avec l’automne viennent les vendanges. Je connais là-bas un petit jardin, au creux d’une vallée boisée, où les raisins alignés attendent la presse. On y sent la terre et le vert, on y goute la liberté. Dans un rang voisin, au milieu des salades et autres carottes, le soleil d’automne fait éclater de jus les dernières tomates. Mangez-les sur pieds, c’est un élixir d’oubli ! Qui se souci ici de la course des hommes ?

Votez vos lois, chers députés. Disputez les, meutes enragées. Je vous observe de loin et tente de vous oublier. Laissez-moi vous fuir, un instant, juste le temps de profiter un peu des choses essentielles : le raisin, les tomates… Et quelques abeilles.


« Et puis merde 
J'ai décidé de vivre loin sur la colline 
Vivre seul dans une maison 
Avec la vue sur ma raison 
Je préfère vivre pauvre avec mon âme 
Que vivre riche avec la leur 
Et si le blé me file du bonheur 
Je me ferai peut-être agriculteur… »

(Ridan, L'Agriculteur)

mardi 18 septembre 2012

Toujours, la foi débordera de la sphère privée

« La religion relève de l'intime, l'Eglise n'a pas à intervenir sur des questions de loi », lançait Anne Hidalgo, 1ère adjointe au maire de Paris, lors de l'émission Mots-croisés du 17 septembre dernier. Le débat du soir portait sur le mariage gay et l'homoparentalité. Quelques semaines plus tôt, c'est l'ex-ministre sarkozienne Roseline Bachelot qui s’irritait de l’immixtion de l’Eglise en la matière : « il est bien entendu légitime que les religions émettent des préconisations, mais dans une république laïque, celles-ci ne peuvent constituer une référence (…). Il convient donc de laisser les religions dans la sphère privée » (1). Paf, la messe est dite. Sans souffrir d’appel, la sentence revient chaque fois que l'Eglise ouvre la bouche, ses interventions étant de facto taxée d’illégitimité dès lors qu’elle ne se cantonne pas aux burettes et encensoirs. C’est à s'étonner qu'on ait pu lui reprocher certains silences en d’autres temps...


mardi 4 septembre 2012

Calcutta ou la soif de Dieu


Le 5 septembre 1997, dans sa petite cellule de Calcutta, celle connue dans toute l’Inde sous le simple nom de « Mother » s’en retournait vers le Père. Mère Térésa de Calcutta, petit bout de femme de rien du tout qui, par sa vie offerte, en a transformé tant d’autres.

Quinze ans plus tard, à l’occasion d’un séjour dans « la Cité de la Joie », j'étais à genoux devant la tombe de la Bienheureuse. Je venais volontiers prier en sa compagnie avec d'autres volontaires, avant de rejoindre l'un de ses dispensaires où nous travaillions. Or, chaque matin s'accompagnait du même trouble : le sentiment d'inutilité, d'impuissance au regard de ce que fut sa vie. Consacrer mes pieds nus et mes mains fragiles à la misère humaine ?  Hors d'atteinte ! Pire, il m'était impossible de demander à Dieu qu'il m'en donne la force, sans craindre qu'il le fasse vraiment. Alors je priais pour qu'il m’ouvre au moins les yeux sur ma faiblesse et cet orgueil qui m’immobilise. Exiger qu’à l’école des pauvres, je sache m’oublier à leur cause et grandir, un peu, auprès d’eux. Ça oui, je le pouvais. Et chaque matin, la petite mère s’en allait dans son sari blanc à liseré bleu, porter ma piètre prière au Père.

On ne va pas à Calcutta pour sauver le monde. Mais pour se sauver soi-même. Si je vous décrivais ces séances de massages sur un jeune homme aux membres amputés, l’esprit fermé et les yeux sans joie, comprendriez-vous que c’était mon âme qui semblait être pétrie par des mains expertes ? Si je vous racontais mes efforts pour nourrir à la cuillère un vieillard alité, qui vivait alors ses dernières heures, arriverais-je à vous expliquer que c’était bel et bien moi qui m’en trouvais nourri ? Comment dire que l’on grandi aux tâches les plus simples offertes aux hommes les plus pauvres, de la toilette aux coups de balais, à la vaisselle des repas, à la lessive quotidienne… C’est la grande leçon de Mère Térésa : la découverte de la joie du service, en même temps que celle d’un Dieu qui saisit la chance de vous aimer.

Il y a une croix accrochée dans la chapelle de "Mother House", la maison-mère des Missionnaires de la Charité. A sa gauche est écrite la supplique du Christ agonisant : « I thirst ! »« J'ai soif  ». Cette soif n’est pas d'eau mais d'abandon amoureux, de sacrifice aussi. D’esprit brisé. Mère Térésa y voyait « le désir divin infini d'aimer et d'être aimé » : « tant que vous n'écouterez pas Jésus dans le silence de votre cœur, vous ne pourrez pas l'entendre dire "j'ai soif" dans le cœur des pauvres. Vous lui manquez quand vous ne vous approchez pas de lui. Il a soif de vous ! » De l’autre côté du crucifix est inscrite la réponse offerte par les sœurs : « j'étanche sa soif ».

On ne va pas à Calcutta pour sauver le monde, mais pour s’agenouiller au pied de la Croix. La meilleure place pour contempler le cœur de l'humanité. Humblement, à la mesure de nos yeux imparfaits, jusqu’à voir Dieu assoiffé dans ce jeune homme amputé ou ce vieillard au seuil de la mort - « le Christ dans un déguisement désolant ». Et lui donner à boire.

« Nous savons bien que ce que nous faisons n'est qu'une goutte dans l'océan, disait la Bienheureuse lors de la réception du prix Nobel de la paix, en 1979. Mais si cette goutte n'était pas dans l'océan, elle manquerait ! » Juste une goutte d’eau, petite et essentielle, pour étancher toutes les soifs.