mardi 7 juillet 2015

De la dette (JPII)


"Le principe que les dettes doivent être payées est assurément juste ; mais il n'est pas licite de demander et d'exiger un paiement quand cela reviendrait à imposer en fait des choix politiques de nature à pousser à la faim et au désespoir des populations entières. On ne saurait prétendre au paiement des dettes contractées si c'est au prix de sacrifices insupportables. Dans ces cas, il est nécessaire — comme du reste cela est entrain d'être partiellement fait — de trouver des modalités d'allégement, de report ou même d'extinction de la dette, compatibles avec le droit fondamental des peuples à leur subsistance et à leur progrès."

Jean-Paul II, Centesimus annus, 1991.

lundi 6 juillet 2015

Détruire la misère (Victor Hugo)



« Je ne suis pas, Messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde, la souffrance est une loi divine, mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère. 

Remarquez-le bien, Messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. La misère est une maladie du corps social comme la lèpre était une maladie du corps humain ; la misère peut disparaître comme la lèpre a disparu. Détruire la misère ! Oui, cela est possible ! Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n’est pas le fait, le devoir n’est pas rempli. »

Victor Hugo,
Discours à l’Assemblée nationale, 9 juillet 1849

vendredi 3 juillet 2015

Notre peur la plus profonde

nelson_mandela

"Notre peur la plus profonde n'est pas que nous ne soyons pas à la hauteur.
Notre peur la plus profonde est que nous sommes puissants au-delà de toutes limites.

C'est notre propre lumière et non notre obscurité qui nous effraie le plus.

Nous nous posons la question... Qui suis-je, moi, pour être brillant, radieux, talentueux et merveilleux ?

En fait, qui êtes-vous pour ne pas l'être ?

Vous êtes un enfant de Dieu.

Vous restreindre, vivre petit, ne rend pas service au monde. L'illumination n'est pas de vous rétrécir pour éviter d'insécuriser les autres.

Nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de Dieu qui est en nous.

Elle ne se trouve pas seulement chez quelques élus, elle est en chacun de nous. Et, au fur et à mesure que nous laissons briller notre propre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres la permission de faire de même.

En nous libérant de notre propre peur, notre puissance libère automatiquement les autres."




Marianne Williamson, citée par Nelson Mandela dans son discours d'investiture à la présidence de la République de l’Afrique du Sud, 1994.

jeudi 2 juillet 2015

A la vie comme en vers, laisser dire et bien faire



Un caprice, un fantasme, une brise fantasque :
l’édito cette semaine dansera sur douze pieds,
empruntant la trame d’une morale célèbre
pour répondre aux critiques de nos libres cahiers.

Il était une fois, donc, dans une maison,
un brave garçon qui n’osait jamais rien dire
ni faire quoi que ce soit, soit par peur des soupirs,
des mauvaises critiques ou du qu’en-dira-t-on.

Un beau matin son père, pour lui faire la leçon,
l’envoya monter l’âne qui broutait le gazon.
Ensemble ils s’en allèrent s’exposer au village
aux regards des rupins et à leurs commérages.

« Voyez donc ce gamin freluquet, qu’ils jasaient,
voyant passer le cortège et ses trois acteurs.
Faut-il qu’il ait les jambes en coton pour voler
la place confortable à son vieux géniteur ! »
« Voilà bien la jeunesse, répondait un voisin,
insolente et sans gêne, ni soin pour les anciens ».

Rendu à la maison, le père interrogea
son gars pour savoir l’effet sur lui de l’affaire :
« dis, as-tu ouï ces vilenies à ton endroit ? »
« Oui mon père, fit son fils, et j’en ai bien souffert ».
« Bien, dit l’ancien, demain nous recommencerons,
mais c’est moi, cette fois-ci, qui monterai l’ânon ».

Ce qui fut décidé fut bien fait et alors,
à nouveau s’en alla parader l’équipage.
« Voyez ce vieil orgueilleux, cria-t-on de rage,
comme il est attaché à son propre confort :
il en laisse, c’est bien triste, la tâche à son moutard
de pousser fort aux fessiers l’âne cabochard ! »
Un autre en écho : « tels sont nos vieux à présent,
vaniteux et sans cœur pour nos pauvres enfants ».

Ils revinrent le lendemain, marchant nez au vent
aux côtés du baudet tout couvert de leurs lots.
Et toujours s’entendaient les murmures des gens :
« ont-ils si peu de pitié pour la pauvre bête,
qu’ils la mènent souffrante à trainer leur fardeau ? »

Le jour suivant, ils portèrent eux-mêmes leurs affaires,
laissant l’âne trottiner à dix mètres derrières.
« C’est misère que de les voir suer pour ménager
les flancs d’une bête juste conçue pour porter ! »

A toutes les fois et pour chaque circonstance,
les pics fusèrent sur eux, en sens et contresens.

« Comprends-tu la leçon ? », demanda le papa
à son fils assidu, la semaine finie.
« Ah dam oui, répliqua-t-il. Il n’est pas de choix
qui n’attire la critique et les mauvais esprits !
Quoique l’on fasse, il s’en trouve toujours au parloir
pour ne point l’apprécier et vous le faire savoir ».

Pas de quoi s’alarmer car ainsi va la vie :
c’est le prix à payer pour celui qui agit.

Est bien fou du cerveau, comme disait La Fontaine,
qui prétend contenter tout le monde sans peine !



Joseph Gynt
Edito publié sur les Cahiers libres, le 26 novembre 2013.

vendredi 31 janvier 2014

Rue du cirque

clown tristeLes gens normaux sont des présidents comme les autres. Un homme, sa maîtresse, une chambre au 20 rue du Cirque. Les cyniques se réjouiront qu’à cette même adresse, Closer a été élevé au rang de journal d’investigation, et François Hollande à celui de véritable chef d’Etat, à la suite de nos rois soleil, de nos Félix Faure. Favorites et pompe funèbre. Tristes promotions. Les papillonnages présidentiels ont toujours des airs de vaudeville, qui font rire assez fort pour ne pas entendre les pleurs. Et pour nous faire oublier tout le reste. Nous n’aurons même pas eu la grâce d’un entracte entre deux numéros…
Rue du cirque médiatique, un clown en a caché bien d’autres. Plus tristes encore.

Nous aimerions parfois un peu de calme. Que la musique s’arrête, que la lumière s’éteigne sous le chapiteau. Juste du silence. Au moins pour s’assurer de ce qu’il convient de dire. Car on se fatigue à moquer sans cesse.
Nous voudrions dans les Cahiers que ce silence soit le maître mot de nos postures, et que ce soit toujours sur la pointe des pieds que l’on vienne le troubler d’un billet. Y glisser comme une parole, enveloppée de silence.

A notre mesure, nous voudrions nous élever à nous pencher sur les choses de la vie, plutôt que de tomber à vouloir les regarder de haut. Laisser se reposer l’Auguste et le contre-pitre. Et, si possible, pourquoi pas, intéresser. Par le plus bel intéressement qui soit : celui qui ne cherche pas d’autre but que de faire grandir. Le lecteur comme l’auteur.
Joseph Gynt
Edito publié sur les Cahiers libres, le 14 janvier 2014.

mercredi 29 janvier 2014

Du journalisme et des journalistes #4 : les nouveaux horizons


« Homère est nouveau, ce matin, et rien n’est peut-être aussi vieux que le journal d’aujourd’hui » (Charles Péguy)

journalismeASITES D’INFORMATION EN LIGNE, BLOGS SPÉCIALISÉS, RÉSEAUX SOCIAUX… L’explosion du journalisme multimédia a frappé la profession de plein fouet. Ce n’est plus un secteur qui est en crise, c’est tout un système qui change. Brutalement. Et les gens de l’art peinent à trouver un modèle rentable à déployer. Derrière les questionnement économiques (lire à ce propos notre chapitre #3), se sont les fondements mêmes de la profession de journaliste qui sont bousculés. Celle-ci doit affronter la révolution technologique en même temps qu’une suspicion grandissante à leur égard. Passée la vague des sempiternelles reproches, c’est une bonne nouvelle. Car cela les force à se réinventer. Une chance à saisir pour qui porte autant d’exigence citoyenne.

mercredi 22 janvier 2014

Du journalisme et des journalistes #3 : la course à la rentabilité


« CHUTE DES VENTES ET DES RECETTES PUBLICITAIRES, déficits généralisés, plans de départs, cessions en rafales : la presse écrite française - nationale, régionale ou magazine - décline sans parvenir à redresser la barre grâce à ses investissements dans le numérique », constate l’AFP en ce début d’année. Une fâcheuse tendance que le monde de la presse peine à affronter. Aux difficultés économiques et technologiques s’ajoutent les caprice de certains acteurs, comme le distributeur Presstalis qui fait peser sur les journaux des coût très importants, ou encore La Poste, qui annonce une augmentations de ses tarifs alors même qu’elle ne veut plus couvrir toutes les campagnes.